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Lecture à chaud des résultats préliminaires des élections législatives du 26 octobre 2014, qui annonce la victoire de Nida Tounes et la défaite des partis de la «troïka».

Par Mohamed Salah Kasmi*

Nida Tounes fait donc basculer l'Assemblée des représentants du peuple. C'est un aspect politique important, un événement considérable pour la démocratie, un nouvel espoir pour un peuple qui attend ce changement depuis près de 4 ans. C'est une belle victoire.

Nida Tounes est désormais le porte-voix du peuple tunisien épris de liberté et de démocratie.

Comment expliquer cette entrée historique, ce score qui pourrait offrir une majorité confortable et nette à Nida Tounes et les autres partis progressistes? C'est par un mécontentement général et une maturité politique des Tunisiens.

On peut dire que la nouvelle de la soirée est le basculement du parlement dans le camp de l'ouverture, du progrès et de la modernité.

Ce succès sonne la fin de partie pour Ennahdha. C'est un échec supplémentaire pour un parti dont le départ précipité de son gouvernement de coalition, ladite «troïka» était le présage, car il annonçait sa perte probable de ce scrutin tant attendu par les Tunisiens.

Le résultat des élections législatives est la conséquence logique de la politique désastreuse des 2 gouvernements de la «troïka» conduits par des Premiers ministres islamistes.

C'est une défaite de la politique de réislamisation forcée menée par les islamistes.

C'est une défaite aussi pour les deux micro-partis satellitaires d'Ennahdha : le Congrès pour la république (CpR) et Ettakatol, qui ont conclu, dans le dos de leurs adhérents et sympathisants, un accord contre-nature avec le parti islamiste Ennahdha pour gouverner ensemble et accepter les conditions de ce parti totalitaire qui prônait la charia, la loi islamique, et comptait instaurer à long terme le califat, système politico-religieux aboli dans le monde musulman depuis 1924.

Quel est l'état d'esprit de Nida Tounes après ce succès? Ses membres et sympathisants sont certainement très heureux des résultats historiques de leur parti.

C'est la preuve que ce parti, fondé en juin 2012 pour redonner espoir aux démocrates modernistes, est dans une dynamique de conquête du pouvoir. Il ne va pas arrêter là. Il a le vent en poupe. Il va pouvoir conquérir la présidence de la république à laquelle son président Béji Caïd Essebsi est candidat.

Quelle sera la réaction d'Ennahdha?

Espérons qu'il ne va pas jouer le mauvais perdant. Son échec est une sanction de sa politique de réislamisation.

Son échec est un désaveu cinglant de l'absence de réformes pendant sa gouvernance. Son échec est la conséquence de son laxisme et, parfois, de ses connivences avec les salafistes radicaux qui ont brûlé l'ambassade américaine. Son échec, c'est aussi le prix du visa que la «troïka» avait accordé au groupe terroriste Ansar Charia. Bref, c'est une sanction pour leur incompétence durant leur passage au pouvoir.

Ce passage a ouvert les yeux des Tunisiens sur leur incapacité à gouverner. En effet, en deux ans, le terrorisme s'est bien installé en Tunisie, la corruption et le chômage ont augmenté, le pouvoir d'achat a baissé, la croissance économique est à l'arrêt.

Espérons qu'Ennahdha aura une attitude républicaine et jouera seulement son rôle d'opposant.

* Ecrivain, auteur de ''L'Islam local face à l'Islam importé'' (L'harmattan, Paris 2014).

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