Economie: Quelle place pour les cultures alternatives en Tunisie?

15

avril

2014

à 09:30

Stevia-banniere

Les cultures alternatives, comme celle de la stévia, pourraient contribuer au bien-être des populations et apporter des solutions à certains problèmes de santé publique.

Par Mohsen Kalboussi*

La question figurant dans le titre de l'article n'aurait pas eu de sens si les institutions s'occupant de la mise en place des cultures dans le pays avaient prévu une stratégie pour développer ces cultures.

La mise en place de cultures alternatives va de pair avec l'évolution de la société et la recherche d'un mieux-être, surtout que certaines techniques ont prouvé leur efficacité dans des environnements semblables à ceux de la Tunisie, notamment dans le bassin méditerranéen (Espagne, Italie, Maroc...).

Pourquoi des cultures alternatives?

La mise en place de cultures alternatives est apparue en réponse aux modes dominants basés sur la monoculture, l'utilisation outrancière d'intrants (engrais, pesticides...) et l'appauvrissement progressif de la qualité génétique des plantes cultivées.

Le recours à des variétés anciennes, même avec des rendements plus faibles que celles dominantes sur le marché, offre l'avantage d'un moindre recours aux intrants, parce que ces espèces résistent aux différentes attaques provoquées par les ravageurs des cultures (insectes, champignons, rongeurs...).

La diversification des cultures, en plus du recours à des variétés résistantes, constitue une réponse au modèle de l'agro-business, ou à l'agriculture productiviste, connue pour ses coûts énergétiques élevés et ses incapacités à répondre de manière effective à la l'accroissement des attaques des cultures par les différents types de ravageurs.

Sucre-Stevia

La Chine, 1er producteur et exportateur de sucre extrait de la stévia. 

Il faut souligner ici que le recours à des méthodes de culture non conventionnelles est apparu dans des sociétés auto-suffisantes et enregistrant même des surplus de production.

L'intérêt porté par les populations du nord et de la classe moyenne en particulier à leur bien-être a permis, durant les dernières décennies, l'apparition de nouvelles formes de cultures mettant en valeur leurs propriétés médicinales ou leurs sous-produits, utilisés notamment dans l'industrie pharmaceutique ou dans les soins esthétiques. C'est le cas notamment de l'huile d'arganier, un arbre endémique du sud du Maroc et du sud-est algérien, de l'aloès, des plantes aromatiques et/ou médicinales... Il faut également évoquer, dans ce cadre, le cas de la stévia dont le cas sera détaillé dans la suite de l'article.

La stévia, une culture alternative

Cette plante est originaire d'Amérique du Sud et est surtout connue par l'effet édulcorant de ses feuilles (utilisées comme substituant au sucre, sans apport calorique).

Le développement des connaissances a permis de démontrer que les principes actifs de la plante, connus sous le nom de stéviosides, présentent un pouvoir sucrant en moyenne 300 fois supérieur à celui du sucre ordinaire. Ils sont utilisés comme additif alimentaire pour remplacer le sucre ou encore en substitution aux édulcorants de synthèse, notamment l'aspartame, critiqué ces derniers temps pour ses effets indésirables (cancer, diabète, obésité).

La stévia a également montré un potentiel pour traiter l'obésité et l'hypertension en plus de son effet négligeable sur l'augmentation de glucose dans le sang. Les plus grands utilisateurs au monde de cette plante sont les Japonais (depuis les années 1970), et sa commercialisation en Europe a été autorisée au cours des dernières années. Elle est également utilisée en Amérique du Sud, en Australie et en Asie, notamment en Chine, le plus grand exportateur mondial de stéviosides, dont le marché est actuellement en expansion.

La stévia en Tunisie

Au Maghreb, seul le Maroc produit cette plante, suite à des essais concluants. Celle-ci a été cultivée en Tunisie dans la région de Sidi Bouzid, mais aucune donnée n'est disponible pour évaluer cette expérience.

La stévia est fort indiquée pour des personnes souffrant de surpoids ou de diabète. Ces deux anomalies touchent de plus en plus de Tunisiens, en particulier les jeunes vivant en milieu urbain. En effet, en Tunisie, près de 10% de la population tunisienne souffre du diabète de type 2, soit plus que 1,2 millions de citoyens.

Cette situation a des conséquences en matière de santé publique, car d'autres pathologies viennent se greffer sur le diabète, notamment la rétinopathie diabétique, à l'origine de la perte de vue de 12% des adultes diabétiques et l'amputation du membre inférieur chez 10% des diabétiques atteints au niveau de ce membre.

Yaourt-Stevia

Yaourt sucré par la stévia produit au Maroc.

Il est notoire que le diabète est la première cause de cécité et que près de 50% des patients diabétiques meurent de complications cardio-vasculaires.

L'obésité affecte près de 11,9% d'adolescents et 20,7% d'adolescentes (2005). On estime actuellement que 10% des Tunisiens souffrent d'obésité. Parmi la population souffrant de surpoids, 78% souffrent de diabète de type 2, et la moyenne d'âge des victimes de l'obésité s'étend de 16 à 40 ans.

Il va donc de soi que la culture de la stévia en Tunisie offre des perspectives d'un mieux-être pour de larges franges de la population, sans parler des opportunités de son utilisation comme substitut pour les produits actuellement utilisés dans la nourriture et la confiserie.

Les conditions climatiques prévalentes dans de nombreuses régions de notre pays correspondent aux exigences écologiques de la plante. Car il s'agit d'une plante d'été qui ne peut être cultivée qu'en irrigué, mais ses rendements seraient suffisants pour générer des revenus décents pour ceux qui la cultivent.

Si la plupart des Tunisiens ne connaissent pas cette plante, un effort de promotion devrait lui être associé. Il y a également lieu d'encourager les essais de sa culture et sa transformation dans notre pays, surtout que l'unique horizon de sa mise sur le marché est pour le moment réservé au marché européen.

* Universitaire.