Des militants associatifs tunisiens à l'étranger ont diffusé une pétition, dont nous reproduisons ci-dessous le texte, pour défendre Kamel Jendoubi (ex-président de l'Isie), qui fait l'objet d'une campagne de dénigrement injuste et ingrate.

 

Notre ami Kamel Jendoubi fait l'objet depuis quelques jours d'une compagne odieuse visant à jeter le discrédit sur l'action qu'il a menée à la tête de l'Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie).

Après avoir fait l'unanimité autour de sa personne, l'homme, qui a mené avec ses collègues de l'Isie l'opération électorale à bon port, est devenu l'homme à abattre!

Kamel Jendoubi, nous le connaissons depuis longtemps. D'abord, comme opposant farouche à Bourguiba puis à Ben Ali. Puis, comme militant associatif dans les milieux de l'immigration tunisienne en France où il a été, notamment, président de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (Ftcr); enfin comme militant des droits de l'Homme en France et en Europe, respectivement comme président du Comité pour le respect des libertés et des droits de l'Homme en Tunisie (Crldht) et du Réseau euro-méditerranéen des droits de l'Homme (Remdh).

Les efforts qu'il a déployés plus de deux décennies durant pour desserrer l'encerclement imposé par Ben Ali à toute activité oppositionnelle est connue de tous, opposants politiques comme militants de la société civile.

Ceux-là mêmes qui, dans les allées du pouvoir ou dans les travées de l'Assemblée nationale constituante (Anc) détournent aujourd'hui la tête, savent ce qu'ils lui doivent. Défendus sans relâche comme victimes de la répression ou régulièrement invités à s'exprimer dans les tribunes parisiennes ou enceintes européennes, ils étaient entourés et soutenus par le Crldht et ses partenaires en France et de par le monde.

De tout cela, nous témoignons parce que nous l'avons vécu et nous tenons à le rappeler à certains, opposants et reconnaissants hier, gouvernants et amnésiques aujourd'hui!

La campagne de dénigrement n'a pas commencé aujourd'hui. Elle a été déclenchée au temps du gouvernement Jebali lorsque le fameux pré-rapport de la Cour des comptes a fuité vers la présidence du gouvernement, puis des services d'icelle vers les chargés «juridiques» des basses œuvres et les officines de propagande déployées sur les réseaux sociaux.

Les «manquements» pointés par la dite Cour ont été largement diffusés, tendancieusement interprétés et grossièrement assimilés à des malversations. Et ce, avant même les réponses circonstanciées de l'Isie.

L'objectif était clair : il fallait salir Jendoubi décidément trop encombrant.

Encombrant par son indépendance, sa liberté de ton, encombrant par son charisme et par le respect qu'il inspire bien au-delà des frontières tunisiennes.

A peine calmée, la campagne rebondit aujourd'hui dans le contexte que l'on sait: alors que la nouvelle instance appelée à prendre le relais de l'Isie s'enlise dans les «débats» et les marchandages interminables de l'Anc; alors que l'inanité de la loi sur cette instance est devenue évidente depuis que le Tribunal administratif a mis en cause les conditions de désignation de ses membres, il fallait une nouvelle fois barrer la route à Jendoubi.

C'est-à-dire à l'homme qui, le premier, a mis tout le monde en garde contre ce projet d'une instance électorale aux ordres, contre les dérives de la troïka et les risques d'élections non transparentes.

Faut-il que les protagonistes de la scène politique, parfois même dans l'opposition, soient à ce point aveugles pour ne pas s'apercevoir des conséquences qu'ils encourent à cautionner une instance en laquelle le citoyen tunisien n'aura aucune confiance?

Entretemps, Kamel Jendoubi, au lieu de se retirer sur l'Aventin, de «s'en laver les mains», a repris ses vieilles habitudes de militant des droits, et ne cesse de donner de la voix pour défendre les libertés menacées ou pour empêcher que l'enquête sur l'assassinat de Chokri Belaïd ne se perde dans les limbes(1).

Nous sommes en droit de nous demander pourquoi le président de la Cour des comptes organise une conférence de presse avant même la publication du rapport au Jort; pourquoi l'action de l'Isie est ainsi soumise à un tir nourri sans même que l'on fasse état des réponses de ses responsables aux différentes attaques.

Nous sommes en droit de nous demander à qui profite cette mise en scène.

Celui que tout le monde louait pour son courage, sa compétence et son intégrité est aujourd'hui voué ainsi que les autres membres de l'Isie à l'opprobre de la mauvaise gestion, voire plus, insinue-t-on ici et là.

Après l'assassinat de Chokri Belaïd, le lynchage politique et médiatique de Kamel Jendoubi fait partie d'une entreprise qui vise à mettre hors jeu les «fortes têtes» et les figures emblématiques de la lutte démocratique. Pire encore, à déposséder les Tunisiennes et les Tunisiens de leurs efforts et de leur fierté à recouvrer leur dignité et leur citoyenneté active. Encore un mauvais coup contre la transition démocratique en Tunisie.

Nous tenons ici :

- à exprimer notre solidarité à notre ami et camarade Kamel Jendoubi et à ses collègues de l'Isie;

- à dénoncer la vile propagande qui, nous le savons, ne réussira pas à le faire taire.

Nous en appelons au président de la république et au président de l'Anc, qui ont, à maintes reprises, assuré à l'Isie et à son président leur pleine confiance et qui se murent aujourd'hui dans un silence assourdissant.

Paris, le 3 juin 2013.

Signataires:
Adel Ltifi (historien) ;
Adel Thabet (parti des travailleurs)
Aderrazak Horchani Bouazizi (démocrate tunisien et militant associatif, ancien président de l'ATF et de l' ADTF);
Adnane Ben Youssef (secrétaire exécutif fédération Al-Jomhouri France nord);
Amor Cherni (enseignant chercheur);
Azza Ghanmi (animatrice associative);
Chebbi Mehdi (militant associatif);
Chedly Zaidi (coordinateur du PPD Unifié en France);
Cherif Ferjani (universitaire Lyon 2);
Hafedh Affes (S-G de la Ftcr);
Hedi Jilani (président Association Vérité et Justice Farhat Hached);
Hichem Abdessamad (historien);
Houcine Bardi (avocat au Barreau de Paris, secrétaire général et porte-parole de l'association Vérité et Justice pour Farhat Hached);
Jalel Matri (militant associatif Genève);
Khaled Abichou (militant associatif, ancien syndicaliste Ugtt, ancien secrétaire général de la Ftcc);
Lotfi Hammami (militant politique);
Mohamed Ben Henda (président de l'Association des Tunisiennes et Tunisiens en Suisse);
Mohamed Ben Said (président de l'Utac);
Mohamed Hamrouni (militant syndical et Associatif);
Mohamed Mansar (militant associatif);
Mohsen Dridi (Militant associatif).
Moncef Guedouar (vice président de la Ftcr) ;
Mouhieddine Cherbib (Crldht, ancien président de la Ftcr) ;
Mourad Allal (militant associatif);
Mrad Gadhoumi (président de Filigrane);
Nacer Jalloul (militant associatif);
Najet Mizouni (universitaire);
Najoua Agrebi (juriste) ;
Noureddine Baaboura (juriste, militant associatif) ;
Omar Gasmi (avocat) ;
Sophie Bessis (universitaire);
Tarek Benhiba (président de la Ftcr).

Note :
1- Rappelons que Kamel Jendoubi est membre de l'association Vigilance (Yaqadha) et de l'Initiative pour la Recherche de la Vérité sur l'Assassinat de Chokri Belaid – Irva.